Syndrome de May-Thurner : quand la veine iliaque gauche est comprimée
Le syndrome de May-Thurner est une pathologie sous-diagnostiquée que je rencontre régulièrement dans ma pratique de chirurgien vasculaire à Toulouse. Il correspond à la compression de la veine iliaque commune gauche par l’artère iliaque commune droite, favorisant l’apparition de thromboses veineuses profondes et de symptômes veineux chroniques du membre inférieur gauche.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale.
Qu’est-ce que le syndrome de May-Thurner ?
Anatomie de la compression
La veine iliaque commune gauche est située en arrière et à gauche de l’artère iliaque commune droite, contre le rachis lombaire. Cette disposition anatomique crée un point de compression naturel : la veine est « prise en sandwich » entre l’artère en avant et les vertèbres en arrière.
May et Thurner ont décrit cette anatomie pathologique en 1957, et Cockett en a formalisé la description clinique en 1965 — c’est pourquoi on parle aussi de syndrome de Cockett.
Le processus de lésion
La compression pulsatile répétée de la veine par l’artère provoque des lésions progressives de la paroi veineuse :
- Épaississement intimal de la veine iliaque au point de compression
- Formation de webs (cloisons fibreuses) et d’éperons intraluminaux
- Réduction progressive du calibre veineux
- Ralentissement du flux sanguin
- Risque accru de thrombose veineuse profonde
Ce mécanisme explique un fait clinique bien connu : les thromboses veineuses profondes des membres inférieurs surviennent 9 fois sur 10 du côté gauche.
Quels sont les symptômes ?
Le syndrome de May-Thurner peut se manifester de différentes façons, allant de symptômes discrets à des complications aiguës :
Symptômes chroniques
- Œdème unilatéral de la jambe gauche, surtout en fin de journée
- Lourdeur et douleur du membre inférieur gauche
- Varices atypiques du membre inférieur gauche ou du bassin (pouvant évoquer des varices pelviennes)
- Modifications cutanées : dermite ocre, eczéma veineux
Complication aiguë : la thrombose veineuse profonde
La complication la plus redoutée est la thrombose veineuse profonde ilio-fémorale gauche, qui se manifeste par :
- Gonflement brutal et important de toute la jambe gauche
- Douleur intense
- Chaleur locale et rougeur
- Risque d’embolie pulmonaire
Toute phlébite du membre inférieur gauche chez un sujet jeune sans facteur de risque évident doit faire évoquer un syndrome de May-Thurner sous-jacent.
Comment pose-t-on le diagnostic ?
Écho-Doppler veineux (première intention)
L’écho-Doppler veineux est l’examen de première intention. Il permet de :
- Visualiser la compression de la veine iliaque
- Mesurer le ratio de compression (rapport des diamètres)
- Évaluer l’accélération du flux au point de compression
- Rechercher une thrombose associée
- Étudier le retentissement sur le réseau veineux d’aval
En tant que chirurgien vasculaire, je réalise cet examen directement en consultation, ce qui permet une corrélation clinico-échographique immédiate.
Scanner et IRM veineuse
Le scanner ou l’IRM avec injection permettent une visualisation précise de la compression et de ses rapports anatomiques. Ces examens sont particulièrement utiles pour :
- Quantifier précisément le degré de compression
- Évaluer l’étendue des webs et éperons intraluminaux
- Planifier le traitement endovasculaire (choix du stent, diamètre, longueur)
Phlébographie
La phlébographie (injection de produit de contraste dans la veine) reste l’examen de référence diagnostique. Elle est souvent réalisée dans le même temps que le traitement endovasculaire.
Quels traitements sont disponibles ?
Traitement conservateur
Pour les formes peu symptomatiques :
- Compression élastique : bas de contention de classe 2 ou 3
- Activité physique : marche quotidienne, natation
- Surélévation des jambes en position allongée
Anticoagulation
En cas de thrombose veineuse profonde associée, un traitement anticoagulant est instauré pour prévenir l’extension du caillot et l’embolie pulmonaire. La durée dépend du contexte clinique.
Thrombolyse
En cas de thrombose veineuse profonde ilio-fémorale étendue et récente (moins de 14 jours), une thrombolyse in situ peut être proposée pour restaurer rapidement le flux veineux et préserver la fonction valvulaire.
Angioplastie et stenting veineux : le traitement de référence
L’approche endovasculaire — combinant angioplastie (dilatation au ballonnet) et pose d’un stent veineux dédié — est aujourd’hui la stratégie de référence pour le syndrome de May-Thurner.
Principe : un stent auto-expansible est déployé dans la veine iliaque comprimée pour restaurer son calibre et maintenir la perméabilité. Les stents veineux dédiés (Wallstent, VICI, Zilver Vena) sont conçus pour résister aux forces de compression extrinsèque.
Avantages :
- Technique mini-invasive (ponction veineuse fémorale ou jugulaire)
- Réalisée sous anesthésie locale ou sédation
- Hospitalisation courte (24-48 heures)
- Résultats durables : perméabilité à 5 ans supérieure à 90 % dans les séries publiées
Chirurgie ouverte
La chirurgie ouverte (transposition veineuse, pontage) est réservée aux rares cas d’échec du traitement endovasculaire.
Prévention des complications
Si un syndrome de May-Thurner est diagnostiqué :
- Portez vos bas de compression quotidiennement
- Restez actif : la marche régulière active la pompe musculaire du mollet
- Hydratez-vous suffisamment, notamment en période chaude et lors de voyages en avion
- Signalez cette pathologie avant toute intervention chirurgicale ou en cas de grossesse
- Suivez le traitement anticoagulant prescrit si nécessaire
Quand consulter ?
Consultez rapidement un chirurgien vasculaire si vous présentez :
- Gonflement brutal et douloureux d’une jambe (surtout la gauche)
- Gonflement chronique inexpliqué d’une seule jambe
- Varices apparaissant rapidement ou de façon asymétrique
- Douleur thoracique ou essoufflement soudain (suspicion d’embolie pulmonaire — appelez le 15)
Le syndrome de May-Thurner est une pathologie traitable dont le pronostic est excellent lorsque le diagnostic est posé et la prise en charge adaptée. Si vous présentez ces symptômes, je vous reçois en consultation à la Clinique de la Croix du Sud, à la Clinique Saint-Exupéry ou à la Clinique Médipôle à Toulouse.
Besoin d'un avis médical personnalisé ?
Le Dr Gonzalez vous reçoit en consultation à Toulouse et Quint-Fonsegrives.
Prendre rendez-vous sur DoctolibQuestions fréquentes
- Quels sont les symptômes du syndrome de May-Thurner ?
- Les signes les plus fréquents sont un gonflement persistant de la jambe gauche, une sensation de lourdeur ou de douleur dans le membre inférieur gauche, des varices atypiques apparaissant du côté gauche et, dans les cas graves, une thrombose veineuse profonde. Le diagnostic est confirmé par un chirurgien vasculaire.
- Syndrome de May-Thurner et grossesse : y a-t-il un risque particulier ?
- Oui. La grossesse peut aggraver la compression de la veine iliaque gauche et favoriser la formation d'une thrombose veineuse profonde par l'augmentation du volume utérin, la compression veineuse et l'hypercoagulabilité physiologique. Un traitement anticoagulant est généralement recommandé si une phlébite survient.
- Quelle est la différence entre syndrome de May-Thurner et syndrome de Cockett ?
- Ce sont deux noms pour la même pathologie. May et Thurner ont décrit l'anatomie pathologique en 1957, tandis que Cockett a formalisé la description clinique en 1965. Les deux termes sont utilisés indifféremment dans la littérature médicale.
- Comment traite-t-on le syndrome de May-Thurner ?
- Le traitement de référence est l'angioplastie avec pose de stent veineux par voie endovasculaire. Cette technique mini-invasive permet de restaurer le calibre de la veine iliaque comprimée. Elle est réalisée sous anesthésie locale en salle de cathétérisme vasculaire.
Besoin d'un avis médical ?
Prendre rendez-vous sur Doctolib