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Phlébite & thrombose

Voyage en avion et risque de thrombose : comment se proteger

Dr Florian Gonzalez ·
Voyage en avion et risque de thrombose : comment se proteger

Le “syndrome de la classe economique” désigne le risque accru de thrombose veineuse lie aux voyages prolonges, en particulier en avion. Si le risque absolu reste faible pour la population générale, il peut devenir significatif chez les personnes presentant des facteurs de risque prédisposants.

Le lien entre voyage et thrombose

Les mécanismes en jeu

Trois facteurs se conjuguent pour favoriser la thrombose lors des voyages en avion (triade de Virchow) :

1. La stase veineuse La position assise prolongee, genoux flechis, comprime les veines poplitees et réduit le retour veineux. La pompe musculaire du mollet, essentielle au drainage veineux, est inactivee pendant de longues heures.

2. La deshydratation L’air en cabine pressurisee à une humidite relative de seulement 10 à 20 % (contre 40-60 % au sol). Cette secheresse, combinee à la consommation d’alcool et de cafe, favorise l’hemoconcentration et l’hypercoagulabilite.

3. L’hypoxie relative La pression en cabine correspond à une altitude de 1800-2400 metres. Cette hypoxie modérée pourrait activer les facteurs de coagulation, bien que ce mécanisme soit encore debattu.

Les chiffres du risque

L’étude de référence de Kuipers et al. a quantifie le risque de thrombose lie aux voyages (Kuipers et al., Annals of Internal Medicine, 2007) :

  • Risque de TVP symptomatique après un vol > 4 heures : 1 pour 4600 passagers
  • Risque multiplie par 2 à 4 pour les vols de plus de 8 heures
  • Le risque persiste jusqu’a 4 semaines après le voyage
  • Le risque augmente de 18 % par tranche de 2 heures de vol supplementaires

Les facteurs de risque individuels

Risque eleve

  • Antecedent personnel de thrombose veineuse
  • Cancer actif (traitement en cours)
  • Chirurgie ou traumatisme récent (< 4 semaines)
  • Immobilisation prolongee récente (platre, alitement)
  • Thrombophilie connue (facteur V Leiden, mutation prothrombine)

Risque modere

  • Contraception oestroprogestative ou traitement hormonal de la ménopause
  • Grossesse et post-partum (< 6 semaines)
  • Obesite (IMC > 30)
  • Age > 60 ans
  • Varices importantes
  • Insuffisance cardiaque

Risque faible

  • Population générale sans facteur de risque
  • Age < 40 ans, pas de comorbidite

Les mesures de prévention

Pour tous les voyageurs (vols > 4 heures)

Mobilisation active :

  • Se lever et marcher dans l’allee toutes les 1 à 2 heures
  • Exercices de flexion-extension des chevilles toutes les 30 minutes en position assise (activer la pompe musculaire du mollet)
  • Eviter de croiser les jambes (compression des veines poplitees)

Hydratation :

  • Boire au moins 150 à 200 mL d’eau par heure de vol
  • Eviter l’alcool et le cafe qui aggravent la deshydratation
  • Privilegier l’eau et les jus de fruits

Vetements adaptes :

  • Porter des vetements amples, non serres au niveau de la ceinture et des jambes
  • Eviter les chaussures etroites (les pieds gonflent en altitude)

Contention élastique : efficacité prouvee

Une revue Cochrane a démontré que le port de bas de contention réduit significativement l’incidence de la thrombose veineuse asymptomatique lors des vols longs (risque relatif : 0,10 ; IC 95 % : 0,04-0,25) (Clarke et al., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2016).

Recommandations pratiques :

  • Chaussettes de contention classe 1 (10-15 mmHg) : pour les voyageurs sans facteur de risque particulier
  • Bas de contention classe 2 (15-20 mmHg) : pour les voyageurs à risque modere
  • Enfiler la contention avant le depart (a l’hotel ou à la maison)
  • Garder la contention pendant toute la durée du voyage (vol + escales)

Prévention médicamenteuse : pour les patients a haut risque

Pour les patients à risque eleve, une prévention médicamenteuse peut etre prescrite par un médecin :

  • Heparine de bas poids moleculaire (HBPM) : une injection sous-cutanee avant le depart
  • L’aspirine n’est pas recommandée pour la prévention de la thrombose veineuse liée aux voyages (pas d’efficacité démontrée)

Les recommandations ACCP detaillent les niveaux de prévention selon le profil de risque (Kahn et al., Chest, 2012).

Autres types de voyage

Train et voiture

Le risque de thrombose n’est pas limite aux voyages en avion. Tout trajet prolonge en position assise (train, voiture, bus) présente un risque similaire si la durée depasse 4 heures. Les memes mesures de prévention s’appliquent :

  • Faire des pauses toutes les 2 heures en voiture
  • Se lever et marcher dans le train
  • Porter de la contention

Car et bus

Les voyages en car sont particulierement à risque car l’espace pour les jambes est encore plus réduit et les possibilites de deambulation limitees.

Que faire en cas de symptômes après un voyage ?

Signes devant alerter

Dans les 4 semaines suivant un voyage de plus de 4 heures, consultez si vous presentez :

  • Douleur du mollet : crampe, tension, lourdeur unilaterale
  • Gonflement d’une jambe : asymetrie de périmètre entre les deux mollets
  • Rougeur et chaleur localisees sur une jambe
  • Essoufflement ou douleur thoracique (urgence : suspicion d’embolie pulmonaire)

La conduite a tenir

  • Symptômes de TVP (jambe) : consultation en urgence pour écho-Doppler veineux
  • Symptômes d’embolie pulmonaire (thorax, essoufflement) : appel au 15 (SAMU) ou presentation aux urgences

Le diagnostic précoce et la mise en route rapide de l’anticoagulation sont essentiels pour prévenir les complications.

Conseils pratiques pour les voyageurs frequents

Si vous voyagez régulièrement sur de longs trajets :

  1. Faites évaluer votre risque vasculaire par un chirurgien vasculaire
  2. Investissez dans des bas de contention de qualite : ils existent en modeles discrets et confortables
  3. Reservez un siege cote couloir pour faciliter la mobilisation
  4. Emportez une bouteille d’eau et fixez-vous un objectif de consommation
  5. Programmez des rappels sur votre telephone pour les exercices de chevilles

Cet article à un but informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Les patients à risque de thrombose doivent consulter leur médecin avant un voyage prolonge.

Références

  1. Kuipers S, et al. Travel and venous thrombosis: a systematic review. Annals of Internal Medicine. 2007;146(4):278-288. PubMed
  2. Clarke MJ, et al. Compression stockings for preventing deep vein thrombosis in airline passengers. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2016;(9):CD004002. PubMed
  3. Kahn SR, et al. Prévention of VTE in nonsurgical patients: Antithrombotic Therapy and Prévention of Thrombosis, 9th ed: ACCP Evidence-Based Clinical Practice Guidelines. Chest. 2012;141(2 Suppl):e195S-e226S. PubMed
  4. Scurr JH, et al. Frequency and prévention of symptomless deep-vein thrombosis in long-haul flights: a randomised trial. The Lancet. 2001;357(9267):1485-1489. PubMed
  5. Chandra D, et al. Travel and risk for venous thromboembolism. Annals of Internal Medicine. 2009;151(3):180-190. PubMed
  6. Sidawy AN, Perler BA, eds. Rutherford’s Vascular Surgery and Endovascular Therapy. 9th ed. Elsevier; 2019. Section 22: Venous Thromboembolic Disease.

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Questions fréquentes

A partir de quelle durée de vol le risque de thrombose augmente-t-il ?
Le risque de thrombose augmente significativement pour les vols de plus de 4 heures. Il est multiplie par 2 à 4 pour les vols de plus de 8 heures. Le risque persiste jusqu'a 4 semaines après le voyage.
Les bas de contention sont-ils vraiment utiles en avion ?
Oui, une revue Cochrane a démontré que les bas de contention réduisent significativement le risque de thrombose veineuse asymptomatique lors des vols longs. Des chaussettes de contention classe 1 ou 2 sont recommandées.
L'aspirine protege-t-elle contre la thrombose en avion ?
Non, l'aspirine n'a pas démontré d'efficacité pour prévenir la thrombose veineuse liée aux voyages. Elle agit sur les plaquettes et non sur le système de coagulation. Seule l'heparine de bas poids moleculaire est efficace en prévention médicamenteuse.
Qui doit consulter un médecin avant un long voyage en avion ?
Les personnes à risque élevé : antécédent personnel de thrombose, cancer actif, chirurgie récente, grossesse, contraception orale, thrombophilie connue, obésité severe, ou immobilisation récente. Un chirurgien vasculaire peut évaluer le risque et prescrire une prévention adaptee.

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