FG
Appeler Prendre RDV
Artères & chirurgie artérielle

Claudication intermittente : quand la marche devient douloureuse

Dr Florian Gonzalez ·
Claudication intermittente : quand la marche devient douloureuse

La claudication intermittente est le symptôme révélateur le plus fréquent de l’artériopathie obliterante des membres inférieurs (AOMI). Elle touche environ 3 à 10 % de la population adulte et sa prévalence augmente fortement après 60 ans (Fowkes et al., The Lancet, 2013).

Comprendre le mécanisme

L’athérosclérose artérielle

L’AOMI est causee par l’athérosclérose : accumulation de plaques de cholestérol dans la paroi des artères, entraînant un rétrécissement progrèssif de la lumiere artérielle. Les artères des membres inférieurs (iliaques, femorales, poplitees, jambieres) sont parmi les plus fréquemment atteintes.

Le déficit d’apport sanguin à l’effort

Au repos, le flux sanguin residuel est généralement suffisant. A l’effort (marche), les muscles ont besoin d’un apport sanguin multiplie par 5 à 10. Si les artères sont rétrécies, ce débit supplementaire ne peut pas etre délivré : les muscles souffrent d’ischémie d’effort, ce qui provoqué la douleur.

Les symptômes typiques

La crampe de marche

Le symptôme classique est une douleur à type de crampe dans le mollet qui :

  • Apparait toujours à l’effort (marche)
  • Survient à une distance reproductible (périmètre de marche)
  • Disparait en moins de 5 minutes à l’arret
  • Se reproduit à la reprise de la marche

Localisations selon le niveau d’atteinte

Niveau de l’obstructionLocalisation de la douleur
Artères iliaquesFesse, hanche, cuisse
Artere femorale superficielleMollet (le plus frequent)
Artères jambieresPied

Les stades de sévérité (classification de Leriche et Fontaine)

  • Stade I : AOMI asymptomatique (découverte fortuite à l’écho-Doppler)
  • Stade II : Claudication intermittente (IIa > 200 m, IIb < 200 m)
  • Stade III : Douleurs de repos (ischémie critique)
  • Stade IV : Troubles trophiques (ulcère, gangrène)

Le diagnostic

L’index de pression systolique (IPS)

L’IPS est le rapport entre la pression artérielle systolique à la cheville et la pression au bras. C’est l’examen de dépistage de référence :

  • IPS normal : 0,9 à 1,3
  • IPS 0,7-0,9 : AOMI légère
  • IPS 0,4-0,7 : AOMI modérée a severe
  • IPS < 0,4 : ischémie critique

Un IPS < 0,9 à une sensibilité de 95 % pour le diagnostic d’AOMI (Aboyans et al., European Heart Journal, 2018).

L’écho-Doppler arteriel

Examen de première intention non invasif qui permet de :

  • Localiser les sténoses et occlusions
  • Evaluer le degre de rétrécissement (vitesse systolique maximale)
  • Analyser le réseau de suppleance (colaterales)
  • Guider la stratégie thérapeutique

Le test de marche sur tapis roulant

Realise a 3,2 km/h avec une pente de 10 %, il mesure objectivement :

  • La distance de claudication initiale (première douleur)
  • La distance de claudication absolue (arrêt force)
  • L’évolution de l’IPS après l’effort (chute > 20 % = significatif)

L’angioscanner ou l’angio-IRM

Ces examens d’imagerie sont realises en deuxième intention lorsqu’un traitement interventionnel est envisagé. Ils fournissent une cartographie precise du réseau artériel.

Traitement : le médical d’abord

L’arrêt du tabac : la mesure la plus importante

Le tabac multiplie par 5 à 8 le risque d’AOMI (Fowkes et al., Lancet, 2013). L’arrêt du tabac est le seul facteur modifiable qui réduit significativement la progrèssion de la maladie et le risque d’amputation. L’aide au sevrage (substituts nicotiniques, vareniciline, suivi tabacologique) doit etre proposee systématiquement.

La marche supervisee

La rééducation à la marche est le traitement de première intention de la claudication. Le programme recommandé :

  • 30 à 45 minutes de marche, 3 fois par semaine
  • Marcher jusqu’a la douleur sub-maximale (niveau 7/10), s’arrêter, reprendre
  • Durée minimale du programme : 3 mois (idealement 6 mois)

Les meta-analyses montrent une amélioration du périmètre de marche de 50 à 200 % (Fakhry et al., JAMA, 2012). Le bénéfice est comparable a celui d’une angioplastie dans la claudication modérée.

Le traitement médicamenteux

  • Antiagreant plaquettaire : aspirine 75-100 mg/j ou clopidogrel 75 mg/j
  • Statine : objectif LDL-cholestérol < 0,55 g/L (recommandations ESC 2021)
  • Contrôle de l’HTA : objectif < 140/90 mmHg (IEC ou ARA II en première intention)
  • Équilibre du diabete : HbA1c < 7 %

Les guidelines ESC/ESVS 2024 insistent sur la prise en charge globale du risque cardiovasculaire, l’AOMI etant un marqueur de risque coronarien et cérébrovasculaire élevé (Mazzolai et al., European Heart Journal, 2024).

Quand intervenir ?

Indications de revascularisation

  • Claudication invalidante malgre 3 à 6 mois de traitement médical optimal
  • Claudication empechant l’activité professionnelle ou les activités quotidiennes
  • Ischémie critique : douleurs de repos, troubles trophiques (urgence)

Les techniques de revascularisation

Angioplastie percutanee (± stent) : traitement endovasculaire mini-invasif, privilégié pour les lésions courtes et segmentaires (voir notre article sur l’angioplastie).

Pontage vasculaire : traitement chirurgical pour les lésions longues ou complexes, utilisant une veine autologue ou une prothèse.

Le choix entre angioplastie et pontage depend de la localisation, de l’étendue des lésions et de l’etat general du patient.

Le pronostic

L’AOMI est un marqueur de risque cardiovasculaire global. Les patients claudicants ont un risque de mortalité cardiovasculaire multiplie par 2 à 3 par rapport à la population générale. La prise en charge des facteurs de risque est donc capitale, au-dela du seul traitement de la claudication.

En termes d’évolution locale, avec un traitement médical optimal :

  • 75 % des patients restent stables ou s’améliorént
  • 25 % s’aggravent, dont 5-10 % vers l’ischémie critique
  • Le risque d’amputation majeure est de 1 à 2 % à 5 ans chez les claudicants

Cet article à un but informatif et ne remplace pas une consultation médicale. L’artériopathie des membres inférieurs nécessite un suivi spécialisé regulier.

Références

  1. Fowkes FG, et al. Comparison of global estimates of prévalence and risk factors for peripheral artery disease in 2000 and 2010. The Lancet. 2013;382(9901):1329-40. PubMed
  2. Aboyans V, et al. 2017 ESC Guidelines on the Diagnosis and Treatment of Peripheral Arterial Diseases. European Heart Journal. 2018;39(9):763-816. PubMed
  3. Fakhry F, et al. Supervised walking therapy versus endovascular revascularization in patients with intermittent claudication: a systematic review and meta-analysis. JAMA. 2012;308(23):2497-2506. PubMed
  4. Mazzolai L, et al. 2024 ESC Guidelines on peripheral arterial and aortic diseases. European Heart Journal. 2024;45(36):3538-3700. PubMed
  5. Norgren L, et al. Inter-Society Consensus for the Management of Peripheral Arterial Disease (TASC II). Journal of Vascular Surgery. 2007;45(Suppl S):S5-S67. PubMed
  6. Sidawy AN, Perler BA, eds. Rutherford’s Vascular Surgery and Endovascular Therapy. 9th ed. Elsevier; 2019. Section 15-16: Lower Extremity Arterial Disease.

Besoin d'un avis médical personnalisé ?

Le Dr Gonzalez vous reçoit en consultation à Toulouse et Quint-Fonsegrives.

Prendre rendez-vous sur Doctolib

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la claudication intermittente ?
C'est une douleur à type de crampe dans le mollet (parfois la cuisse ou la fesse) qui apparait à la marche et disparait à l'arret. Elle est causee par un rétrécissement des artères des membres inférieurs qui limite l'apport sanguin aux muscles pendant l'effort.
Comment savoir si mes douleurs de jambe sont d'origine artérielle ?
Les douleurs artérielles surviennent toujours à l'effort (marche), sont reproductibles à la meme distance, et disparaissent en moins de 5 minutes à l'arret. Un index de pression systolique (IPS) inférieur a 0,9 confirme l'atteinte artérielle.
Peut-on guerir de la claudication intermittente ?
La marche quotidienne supervisee amélioré le périmètre de marche de 50 à 200 % en 3 à 6 mois. Associee au contrôle des facteurs de risque (arrêt du tabac, traitement du cholestérol et du diabete), elle permet a de nombreux patients de stabiliser ou améliorér leur etat.
Quand faut-il operer une claudication intermittente ?
L'intervention (angioplastie ou pontage) est envisagée lorsque la claudication reste invalidante malgre 3 à 6 mois de traitement médical bien conduit et de rééducation à la marche, ou en cas de lésions menaçant le membre.

Besoin d'un avis médical ?

Prendre rendez-vous sur Doctolib